Mon Grand-père était Prêtre !


Lettre à Anne Marie Jarzac, Présidente,

Je viens de terminer la lecture de votre livre « Le droit d’aimer » et j’aimerai vous apporter mon témoignage.

J’ai 78 ans. En 1954, nous nous marions, André et moi, à la Paroisse St Pierre et Paul de Colombes. Quatre enfants sont nés dans notre foyer, attendus avec amour. Depuis, 13 petits-enfants et le 13ème arrière viendra auréoler notre famille en juin. Hélas Loïc, notre 9ème petit-fils, est décédé en 2008 après 2 ans de souffrances, soutenu par l’affection de ses parents, ses sœurs et toute la famille.

J’ai voulu vous présenter notre climat familial avant de vous annoncer que mon grand-père était prêtre.
Né dans le Pas de Calais en 1875, ainé d’une famille de 12 enfants très pauvre, ses parents le placent auprès d’un oncle curé d’un village proche. Séparé des siens, il poursuit ses études au séminaire de Boulogne, puis il est ordonné à Arras en 1900, ensuite professeur à Calais, vicaire à Hesdin. Et curé de plusieurs villages. II a une servante, Marie, besogneuse, discrète, analphabète et très dévouée; une jeune apprentie couturière va y travailler quelques heures. Ce fut ma grand-mère. Pour des personnes qui ont connu la pauvreté, les liens se créent avec la société bourgeoise des bienpensants qui aident à vivre, mais le revers de la médaille se fait sentir bientôt par les rumeurs, les soupçons.
Jean Baptiste se rend à l‘évêché et on lui demande de partir. Quittant le Pas de Calais pour l’Oise, Il exerce son ministère dans différentes paroisses au temps de la guerre accompagnée de ma grand-mère, celle-ci se faisant passer pour sa sœur. En 1914, mon père Jehan nait à Bruay-en Artois. Il sera élevé dans la famille de sa mère. Vers l’âge de 14 ans, il revient vivre auprès de ses parents qui l’inscrivent au petit séminaire. C’est à cette époque que Jehan apprend la vérité sur ses origines et l’on peut comprendre le choc, le désarroi pour lui. Son adolescence fut instable, à la recherche de différents apprentissages, car bien que solidement ancré dans la foi, il n’a pas la vocation.

Par la suite, il fut un Bon époux, un Bon père de quatre enfants, un Bon ouvrier mais sans doute regrettant de n’avoir pas pu poursuivre ses études à cause aussi de la guerre (prisonnier en Allemagne pendant  5 ans !) et surtout bousculé par ce secret qu’il fallait garder et respecter à tout prix. Lorsqu’il rencontre Thérèse, maman, vers 1935, elle n’est pas bien acceptée par ma grand-mère et mes parents se marient en catimini à Paris. Maman doit aussi cacher ce  secret à sa famille.

Pour moi, élevée dans la tendresse et l’amour de mes parents, les choses vécues ne me pesaient pas. Je ne me posais pas de questions.
Naïvement je vivais dans mon cocon, préservé car à cette époque les enfants se satisfaisaient de ce que les parents leur montraient. Jean Baptiste était mon parrain. Je le nommais comme tel. Et ma grand-mère, Tata.

J’ai appris leur vie par maman à l’âge de mes 18 ans, peu avant mon mariage (en 54).
Gâchis ? Tourments ? Frustrations ? Certes chacun des membres a souffert toute sa vie de l’orientation prise aux débuts des rencontres. Préserver les apparences ne retire en rien les difficultés à venir. Chacun est resté dans le compromis, la faute, l’incertitude, la honte, le regret. Avec André nous avons toujours pensé que l’amour était au-dessus de tout, mais encore maintenant, au sein même de la famille, l’on peut supposer que les critiques, les jugements envahissent les cœurs et les esprits. Mon plus cher désir est que la paix s’installe et fasse que nous vivions dans le Pardon, l’harmonie et le goût de la vie à venir. Du reste Jean-Baptiste, peu avant son décès, nous invitant à sa messe dominicale qu’il célébrait dans son bureau (il avait 92 ans en 1958 !) les larmes aux yeux et profondément ému, après s’être recueilli, nous demande de lui pardonner. Et je pense à l’enseignement de Jésus « Que celui qui n’a pas péché lui lance la première pierre » ils sont tous repartis…

« A celui qui a beaucoup péché, beaucoup aimé, il sera beaucoup pardonné. » Que l’on vive dans cette grande Espérance !!
Comme vous Anne-Marie, je souhaite que l’église évolue dans ce domaine et que les prêtres puissent exercer leur ministère dans la Vérité et la Paix.
Avec notre famille d’En haut, avec tous ceux qui nous ont aimés, ceux qui vivent auprès de nous, monde invisible et monde présent, que nous soyons Unis dans l’Espérance de nous retrouver.
Je vous remercie pour l’enseignement de votre livre et la qualité remarquable de vos interviews ; vous apportez un souffle nouveau pour bâtir une Eglise accueillante et ouverte, pour que nous partagions les valeurs essentielles de la vie selon le message de Jésus Christ.
A bientôt peut-être dans l’amitié.

Marianne

 

 

 

 

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