Témoignage après lecture du « Droit d’aimer »


Chère Anne-Marie,

Je viens de terminer votre livre « le droit d’aimer » et tiens à vous adresser un immense bravo. Depuis longtemps j’ai beaucoup écrit dans mes petits carnets de spiritualité l’absurdité qui consiste à interdire à des hommes jeunes et généreux d’aimer une femme et de connaître les joies de la paternité. En tant que femme croyante, veuve et ayant toujours travaillé dans l’église et côtoyé beaucoup de prêtres, je ne comprends pas comment nos bons catholiques ne descendent pas dans la rue pour faire sauter ce verrou du célibat. Mon mari était un homme d’église par sa foi ardente et a eu la chance de se marier et d’avoir 5 enfants avec moi, son épouse. Pour son enterrement un millier de personnes étaient présentes et douze prêtres de ses amis présidaient la magnifique célébration. Il avait 51 ans.
J’ai continué à travailler dans et pour l’église dans le domaine de la santé. Un aumonier m’a avoué son amour ; mon cœur était attiré par un autre ! Je savais qu’une jeune veuve dans un évêché était un danger potentiel. Au bout de 9 ans, l’évêque a mis fin à ma lettre de mission sans aucune raison ! Le prêtre ami savait qu’il ne pouvait me défendre sans créer une rumeur. Résultat de tout cela, un beau gâchis de part et d’autre : la dépression, la solitude, l’alcool, le cancer, les confessions de prêtres me faisant de lourdes confidences sur leur lit d’hôpital ! Vous comprenez très bien ce que je veux dire.

J’aurais été veuf et non veuve, j’aurais eu droit au diaconat, à la prêtrise même ! Absurdité complète puisque je savais célébrer un enterrement, un baptême, etc…mais j’étais femme ! Si je vous écris, c’est pour que vous me donniez l’audace d’un autre combat, un tabou de notre société occidentale. A la mort de son père, notre dernier enfant avait 10 ans. Il a toujours caché sa douleur voyant qu’elle n’intéressait personne, aucun ami de son papa, aucun prêtre d’ailleurs (ne sachant pas ce qu’est une âme d’enfant !) et à 33 ans, cet enfant de lumière s’est donné la mort du haut des falaises d’Etretat. Il y a deux ans de cela.

Je viens d’écrire sa biographie pour m’apaiser quelque peu et pour essayer de prouver que le suicide n’est pas un choix délibéré mais une pulsion dramatique pour laquelle la psychiatrie adulte est très balbutiante. J’écris à droite à gauche pour trouver un lieu, des gens avec lesquels réfléchir sur cette première cause de mortalité chez des jeunes en France. Sujet tabou ! Encore un ! pour l’instant je ne veux pas publier ce que j’ai écrit mais nous ne savons pas ce que la vie nous réserve.

Pour revenir à votre livre, ce qui me fait le plus de mal dans tout ce secret, c’est la place de la femme dont on ne parle jamais. Dernièrement un vicaire général est parti du jour au lendemain avec la femme qu’il aimait ; la réaction de son évêque a seulement été sa peine de ne pas avoir été prévenu. Bien entendu ce prêtre savait ce qu’il faisait puisque l’église lui aurait demandé de se taire et aurait voué cette femme aux gémonies !! Quelle tristesse, quel éloignement de la vie d’évangile qui n’est qu’amour.

Moi non plus, tout cela n’a pas enlevé un iota à ma foi mais j’entre de moins en moins souvent dans une église !! Je lis souvent Zundel, Souzenelle et compagnie et lorsque je n’ai pas trop de souci de santé, j’anime de petits groupes sans prêtres autour de la parole de Dieu ou bien d’un livre de spiritualité.

Ma lettre est un peu décousue mais j’ai hâte de vous l’envoyer et l’écriture est ma seule consolation de tant de drames dans ma vie puisque une de nos filles vit avec une forme de schizophrénie et que le monde de la sychiatrie adulte est implacable, lui aussi !! Nous avons de quoi nous battre, nous les femmes fortes.
Merci de me lire et j’espère à bientôt par mail, si vous le voulez bien ?

Juliette
brig.dx@gmail.com

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3 commentaires pour Témoignage après lecture du « Droit d’aimer »

  1. Béréenne attitude dit :

    Bonjour,
    Beaucoup de tristesse derrière ces lignes …

    Pour votre attente exprimée dans cette phrase : « je ne comprends pas comment nos bons catholiques ne descendent pas dans la rue pour faire sauter ce verrou du célibat », je me permets de vous donner le ‘point de vue protestant’ de l’histoire du célibat.

    La chasteté est arrivée dans l’histoire de l’Eglise, dès la fin du IIème siècle par les moines, uniquement par les moines, qui faisaient vœux de chasteté et vivaient en ‘ascètes’.

    En fonction des lieux, l’histoire n’est pas tout à fait la même, à ces époques (jusqu’en 1870), les diocèses vivaient assez indépendamment les uns des autres.

    Les prêtres, évêques, etc étaient eux souvent mariés. Leurs enfants héritaient du ‘patrimoine’ de leur père, du patrimoine de l’Eglise en quelque sorte. Afin que les héritages restent ‘au sein de l’Eglise’, les ecclésiastes ont été priés de ne plus se marier, et ils ont alors fait vœux de … célibat.
    Ce n’est pas le même vœux que font les moines, qui faisaient eux vœux de chasteté.

    Il y a malheureusement un ‘grand silence’ à ce sujet, et je pense qu’à part dans les Bibliothèques de Genève en Suisse, ou encore dans les pays anglo-saxon, donc dans les états anciennement protestants, il y a très peu d’information à ce sujet dans les pays ‘à prédominance historique catholique’. En 1124, (concile de Latran I) le pape Callixte II déclare que tous les mariages doivent être invalidés. Les ‘hommes d’église’ doivent renvoyer femme et enfants. Et ils les ont renvoyés. Par contre, il n’était pas interdit, mal-vu, d’avoir des concubines et des enfants. Les enfants n’étant pas officiellement ‘reconnus’, ils n’héritaient pas du patrimoine de l’Eglise. Il semblerait qu’auparavant, tous les enfants étaient successeur de leur père (ou de leur oncle) dans l’Eglise. Puis les prêtrises se sont transmises comme ‘des fonds de commerce’, plutot comme des études de notaire. En 1074, le Pape Grégoire VII avait tenté de justifier le célibat d’un point de vue théologioque et historique, et avait obligé au célibat, les candidats au sacerdoce. Entre deux, en 1215, le sacrement du mariage a été instauré par le grand concile œcuménique Latran IV. Auparavant, personne ne se mariait ‘à l’Eglise’.

    Par la suite, il a été ‘mal-vu’ d’avoir ‘officiellement’ une concubine et chasteté et célibat ont été souvent confondu par les laïcs. L’Eglise ne s’est pas empressée de donner des informations claires à ce sujet.

    Bien que les laïcs étaient souvent eux ‘tolérants’ avec leur prêtre, et ‘fermaient les yeux’ sur sa « bonne ».

    Ce n’est que récemment, que les nouvelles générations ont ‘poussé à la transparence de l’Eglise’ et que la chasteté est devenue quelque chose comme quelque chose souhaitable, c’est à dire, les nouvelles générations ont demandés de la cohérence.

    Auparavant, tous allaient ‘à l’Eglise’ quel que soit son ‘comportement’. Les laïcs demandent maintenant, une Eglise respectable, si je puis m’exprimer ainsi, à laquelle s’identifier, qu’ils puissent en quelque sorte respecter.

    Il semble que le Pape commence de mettre un peu de lumière sur le patrimoine actuel de l’Eglise. Il a mandaté une femme pour répertorié les biens de l’Eglise. Malheureusement, la question du mariage des prêtres commence par cette question de patrimoine A qui appartient quoi ? C’est à dire, qui en hériterait ?

    Sans cette facette financière, je présume qu’il y a longtemps que le mariage serait si ce n’est autorité, en tout cas toléré ?

    Puisse votre parole faire avancer votre Eglise dans la bonne direction.

    (Est-ce qu’il est possible de reprendre l’article qui annonce votre passage à la télévision? )

    • Je ne sais si on vous avait répondu, ne serait-ce qu’un accusé de réception. Il faut dire qu’il y a eu succession de responsables , ce qui n’a pas facilité cette transition.
      Merci pour votre intervention.
      Connaissez-vous des documents sur cette question qui éclairent cette question à travers l’histoire ?
      Une question nous a été posée, un pressentiment même. Vous écrivez « en 1215, le sacrement du mariage a été instauré par le grand concile œcuménique Latran IV. Auparavant, personne ne se mariait ‘à l’Eglise’. Exact. Nous raisonnons souvent sans tenir compte du contexte. Aujourd’hui les mariés se présentent d’abord devant la communauté des citoyens représentée par la Maire et ils déclarante leur volonté de partager leur vie. Puis ils vont à l’église, s’ils le souhaitent, le répéter devant la communauté des fidèles. A l’époque, on se mariait en famille. La règle nouvelle établi par ce Concile universel était que le prêtre devait obligatoirement assister au mariage comme « témoin de l’église » sous peine d’invalidité. Sans sa présence, le mariage était comme n’ayant pas eu lieu ! Or certains prêtres ont continué après 1139 à se marier mais en privé, on dirait aujourd’hui « en famille ». Un des mes amis subodore qu’il s’agit là d’une règle qui vise surtout les prêtres pour en finir avec ces mariages très privés !!!! Qu’en dites-vous ? A vous lire. Jean Mail : jean.combe34@gmail.com

  2. Ping : Le « droit d’aimer” est un cri qu’il nous faut lancer et relancer | Enfants du silence

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