En Suisse nos amis de ZÖFRA


Gabriella Loser Friedli a écrit …

Gabriella Loser Friedli, âgée de 62 ans, travaille comme secrétaire à temps partiel auprès de l’Université de Fribourg. Elle est mariée depuis 1994 avec le professeur Richard Friedli, ancien religieux dominicain, avec qui elle est liée depuis 1974. Elle est la mère d’un fils âgé de 32 ans.

Fribourg, 2 mai 2014. Interviewée par l’Apic, Gabriella Loser Friedli, co-fondatrice de la Zöfra (Association pour les femmes concernées par le célibat des prêtres) raconte le destin de 28 femmes, prêtres ou enfants de prêtres dans un ouvrage qui vient de paraître « Oh, Gott! Kreuzweg Zölibat » ( Mon Dieu ! le célibat un chemin de croix). Ces histoires parlent de sentiments de culpabilité, de solitude, ou encore d’aspiration à une vie de couple normale.

Apic : Les prêtres et les religieux optent pour une vie de célibataire. Comment apparaissent les relations d’amour?

Gabriella Loser Friedli : La plupart de ces relations apparaissent dans une situation de crise. Souvent, la femme cherche une aide auprès d’un prêtre, par exemple lorsqu’elle vit une séparation, lorsque son mari est alcoolique ou quand elle a perdu un enfant. Il s’agit surtout de crises existentielles marquées par une perte ou par la maladie, dans lesquelles la femme cherche une consolation. Si le prêtre doit lui-même se battre contre la solitude ou des symptômes de burn-out, il en faut peu pour qu’apparaisse un sentiment de confiance réciproque. Contrairement à ce que pensent beaucoup de responsables ecclésiaux, il est rare que ce soit d’abord une question de sexualité.

Apic : Qu’est-ce qui est le plus difficile pour la femme dans une telle relation?

G.L.F : D’abord l’isolement. Elles ne peuvent pas parler des éléments essentiels de leur propre vie, ni des difficultés qui y sont liées. Ensuite leurs nombreuses attentes. Pour le prêtre, les liturgies, la pastorale et les tâches administratives sont toujours prioritaires. Ce n’est que lorsqu’il dispose d’un peu de temps qu’il peut se consacrer à la femme. Du fait qu’elle attend toujours, elle parvient difficilement à mener une vie personnelle.  C’est douloureux face à sa propre identité et à l’estime de soi.

Apic : Et qu’est-ce qui est le plus difficile pour le prêtre?

G.L.F : Egalement l’obligation de se taire. Cela montre au prêtre à quel point les relations sont difficiles à l’intérieur de l’Eglise. Il ne peut pas avoir confiance en son évêque. Et chez les religieux s’ajoute le fait qu’ils ne peuvent pas raconter ce qu’ils vivent à leurs confrères. Culpabilisés par un sentiment d’infidélité, ils ont l’impression de duper leurs confrères.

Apic : Le fait de devoir se cacher ne peut-il pas parfois renforcer le couple?

G.L.F : Oui. Cela oblige à se serrer les coudes. Mais à travers cela, apparaissent souvent des relations malsaines. On se protège mutuellement, on n’a pas d’exigences dans la relation, on ne se dispute pas. Souvent, le temps passé ensemble est très limité. Seuls les couples où la femme habite à la cure connaissent un quotidien un peu normal.   Lorsque la relation apparaît au grand jour et que l’on peut vivre normalement en couple, on remarque alors que l’on a peu de distance l’un envers l’autre, et que l’on est dépendants l’un de l’autre dans une proportion malsaine. Le couple doit encore une fois débuter sa construction et travailler intensivement sur sa relation.

Apic : Quelles sont les conséquences concrètes pour un prêtre qui reste attaché à sa relation ?

G.L.F : Dans le cas d’un prêtre diocésain, cela dépend beaucoup de la réaction de son évêque. Si l’évêque se montre disponible, manifeste de la compréhension et demande si l’homme aimerait continuer de travailler dans l’Eglise. En cas de réponse positive, l’évêque soutient la démarche de retour à l’état laïc. Redevenu laïc, l’homme pourrait être réengagé au service de l’Eglise. Mais lorsqu’il y a confrontation et que l’évêque ne veut plus rien savoir, il ne l’aide pas. Sans accéder à nouveau à l’état laïc, il n’est pas possible de travailler dans l’Eglise. Il arrive que la demande de retour à l’état laïc déposée par le prêtre à Rome ne soit pas traitée du tout, et même que la réception de la demande ne soit pas confirmée.

Apic : Comment réagissent les évêques lorsqu’ils sont mis au courant d’une liaison ?

G.L.F : Lorsque l’évêque sait quelque chose, il doit agir. Il doit retirer la mission canonique au prêtre. Il arrive aussi qu’un évêque dise : « Fais un peu attention. Ne le fais pas ouvertement. Aussi longtemps que tu ne veux pas te marier, ça ira. »

Apic : Est-il exact que l’Eglise a parfois versé de l’argent pour acheter le silence des partenaires de prêtres devenus papas?

G.L.F: Je ne connais qu’un seul cas où un évêque a payé pour un enfant. Mais il l’a fait de façon si habile que nous ne pouvons pas le prouver. J’ai eu connaissance d’une femme qui a reçu 50.000 francs d’un supérieur religieux, à la condition de ne jamais révéler qui est le père de son enfant. Une autre femme a reçu 30.000 francs d’un supérieur, aussi pour acheter son silence. Je ne connais pas d’autres cas.

Apic : Arrive-t-il que des prêtres aient des enfants, sans que l’Eglise n’en sache rien?

G.L.F : Il existe des prêtres qui ont des enfants et paient une pension alimentaire, sans que l’Eglise ne le sache. Il y a aussi des cas de reconnaissance de paternité qui échappent totalement à l’Eglise. A Fribourg, par exemple, on se rend pour cela auprès du juge de paix. Le prêtre établit avec la mère de l’enfant un contrat dans lequel il reconnaît être le père, combien il paie pour l’enfant et comment est réglé le droit de visite. Si cela correspond aux exigences civiles du droit de pension, le juge de paix signe le document. Nous accompagnons et soutenons aussi des femmes dans le cas de plaintes juridiques dans les affaires de paternité. Les prêtres peuvent se marier civilement. Nous connaissons les cas de deux prêtres mariés civilement, qui ont des enfants et ont en même temps un ministère de prêtre. Depuis que la publication des bans n’est plus à l’affichage public, c’est devenu possible.

Apic : La Zöfra prône depuis longtemps le choix libre du célibat pour les prêtres. Quels pas dans ce sens sont-ils entrepris actuellement, également au niveau international ?

G.L.F:  Encore dans les années 1990, les évêques affirmaient que les fidèles n’étaient pas prêts à accepter les prêtres mariés. Depuis, des enquêtes montrent qu’en Europe 90% des catholiques peuvent tout à fait s’imaginer des prêtres mariés. Ensuite, par la commission « Evêques-prêtres », nous avons toujours pu exprimer nos préoccupations.  Au niveau international, notre prochain pas sera l’envoi d’une lettre au pape actuel. Une session aura lieu à Bruxelles, durant laquelle des représentants des pays européens, du Canada et d’Amérique latine feront un projet de cette lettre.

Apic : Qu’attendez-vous de la prochaine discussion avec les évêques, qui se déroulera en juillet ?

G.L.F : Tout d’abord, nous souhaitons qu’ils tireront parti de toutes leurs marges d’appréciation. Il pourrait s’agir, en l’occurrence, d’établir un calendrier de réflexion. Parfois, un prêtre a besoin de temps pour éclaircir sa situation, sans que tout ne s’écroule en même temps. Ou alors l’évêque lui procure le temps nécessaire pour effectuer une formation complémentaire en parallèle avec son activité de prêtre, afin qu’il ait ensuite la possibilité de quitter son travail au service de l’Eglise et de changer de domaine professionnel.

Apic : Croyez-vous que sous le pontificat du pape François la question du célibat puisse changer ?

G.L.F : Si quelqu’un en a le courage, ce sera le pape François. J’ai l’impression qu’il prépare le terrain du changement avec des petits pas. Il veut vraiment que l’Evangile libère les êtres humains. Sous le pape Benoît XVI, je n’ai pas eu une seule fois un tel espoir.

Apic : Quel a été l’élément déclencheur pour écrire un livre sur ce thème ?

G.L.F : C’est un processus qui dure depuis un certain temps. Ces dernières années, plusieurs de ces femmes parmi les plus âgées sont tombées malades ou ont vu leur partenaire mourir. Je me suis demandé : Que vont devenir les histoires de ces vies si ces femmes décèdent ? Certaines ont vécu 40 ans avec un prêtre et, en dehors de la Zöfra ou d’un parent proche, personne ne le sait. J’ai pensé : il serait dommage que ces destins se perdent tout simplement.

 

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