Les Italiens s’informent sur les « Enfants du silence, Enfants de prêtres » !


Chers Amis,

 Cinq d’entre nous ont été interviewés par une journaliste de la revue italienne VANITY FAIR très lue en Italie sur le sujet qui nous tient à coeur : notre condition d’enfant de prêtre.

 J’ai reçu le numéro de cette revue et j’ai essayé une traduction de l’italien au français que je vous livre en pièce jointe.

J’ai aussi scanné les trois pages de la revue, mais seules les photos apparaissent sur mes scans. Pour ceux d’entre-vous qui souhaiteraient avoir le texte intégral, je ferai des photocopies et vous les enverrai par la poste.

La traduction se veut aussi près que possible du texte de la journaliste; vous verrez qu’elle a pris des libertés avec la réalité historique de chacun d’entre nous.

Mais ça ! C’est le journalisme!
Nous
avons connu pire !
Anne Marie

Article publié dans revue Vanity Fair italienne 01 17

Anne Marie dans article Revue italienne Vanity Fair  01 17

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TRADUCTION DE L’ARTICLE De Carla BARDELLI
PARU DANS VANITY FAIR LE 7 DECEMBRE 2016

«  Délivre nous de leurs péchés »

Ils les ont menacés, ils ont incendié leurs maisons, pris leurs petits frères pour les donner en adoption. Maintenant les enfants de prêtres ont uni leurs forces pour que tout le monde connaisse leur enfer. Et pour demander au Pape de suivre l’évangile.  Nous sommes chanceux d’être encore en vie.

« Savez-vous combien de squelettes de nouveaux nés ont été trouvés dans les jardins des couvents ? » me demande Anne-Marie Mariani, présidente de l’Association « Les Enfants du Silence »? Cette Association Française réunit les enfants de prêtres et de religieuses qui ont décidé de sortir de l’anonymat et de parler de leur existence, emplie de douleurs et de honte. Invisibles, souvent donnés en adoption et tenus à un secret rendant leur vie difficile, on les a même appelés « les enfants de Satan ». Une étiquette leur faisant vivre un véritable calvaire !

Comme celui de Léa, que j’ai rencontrée dans un bar, à deux pas de l’hôpital Sainte Anne, la plus grande clinique psychiatrique de Paris, où elle est souvent hospitalisée à cause de profondes dépressions.

Belle, cultivée et élégante, chercheur dans le domaine social, spécialisée en communication politique, elle préfère rester anonyme « par peur » me dit-elle.

Nous sommes les derniers oubliés au sein d’un institution reconnue pour ses dérives de pédophilie et d’homosexualité, qui a pardonné aux divorcés, mais continue de nous ignorer, comme si nous avions commis un horrible péché.

Nous vivions dans un village du sud de la France : ils ont mis le feu à ma maison, ils ont tué mon chien et ils nous ont menacé de mort. Nous avons reçu par la poste des paquets remplis d’excréments. La police m’a empêchée d’aller à l’école primaire pour me protéger. Tout ça parce que une poignée de parents bien pensant ont découvert que mon père, directeur de l’école du village, était un ancien prêtre qui aurait pu pervertir leurs propres écoliers.

La voix de Léa s’étouffe : «  la guerre qu’ils ont menée contre nous fut dure. Mon père en est tombé malade, et par la suite est mort d’un cancer. Mon frère et moi, « les enfants de Satan », comme ils nous ont appelés, nous en sommes sortis dévastés.

Et la famille ne s’est pas mieux comportée.

Orphelins, mon père et ses quatre frères ont été élevés par les jésuites, à Paris. La décision de mon père de se faire prêtre, à 20 ans, a servi à payer la dette de reconnaissance envers l’église. (La soit-disant « Vocation »)

Quand il a décidé d’abandonner le sacerdoce, ce fut une tragédie qui retomba sur nous, ses enfants, fruits du péché.

Aucun de nos cousins ne voulut jamais nous voir. Nous fumes « répudiés » par la famille. Pour toutes ces raisons, Léa vit aujourd’hui dans l’anonymat.

Il n’y a pas de nom sur la porte de sa maison, il est aussi inutile de la chercher dans l’annuaire téléphonique : « Quand tu as vécu une enfance braquée comme la mienne, tu ne peux pas avoir une vie normale ».

Ça s’est mieux passé pour Nathalie OLIVIER, 47 ans, coach de managers qui me reçoit dans son appartement parmi les gratte ciels de La Défense à Paris.

« Mon père et ma mère ont vécu 40 ans d’un grand amour. Je m’en rappelle. Mon père, sur le point de mourir, à 86 ans,disait à ma mère : Tu es magnifique ».

C’est vrai que j’ai du subir les critiques de nombreux catholiques, surtout après qu’à l’école, à l’âge de 12 ans, j’eus révélé en classe que j’étais la fille d’un ancien prêtre.

En contre partie, j’ai vécu entouré d’un immense amour. Mon père m’a souvent raconté que la hiérarchie ecclésiastique s’était opposée à sa décision d’abandonner le sacerdoce, lui conseillant à mi-voix de prendre une maîtresse comme le font pas mal de prêtres depuis des siècles. J’ai beaucoup admiré son courage; c’est pour cela que je milite au sein des « Enfants du Silence ».

Bien différente est l’histoire de Bénédicte qui me téléphone de Suisse, pays où elle habite. Son père était prêtre et sa mère, novice dans un couvent de village quand ils tombèrent amoureux. Elle fut rapidement enceinte et fut envoyée en France et mon père, à Rome pour réfléchir ?
Rien ne fut connu de cet enfant né du déshonneur, car grâce à l’aide de la famille maternelle, il fût donné en adoption, sans le consentement des parents, à un couple de bons catholiques; ils l’adoptèrent  immédiatement après la naissance. ce qui ne posa pas trop de question. Ma famille était trop respectueuse de l’autorité. Ils ne surent s’opposer, mais quand t-ils se sont revus, ils m’ont conçue. Les ennuis se répétèrent les obligeant à se rebeller et à quitter l’église catholique. Ma mère avait vingt ans, mon père déjà quarante six. Sans travail, ni revenu, ni même expérience du monde réel, ils ont dû s’accommoder par tous les moyens, combattant les préjudices, avec le remord d’avoir abandonné cet enfant et un sentiment de culpabilité qui a miné leur existence jusqu’à la fin de leur jour.. On ne comprend pas pourquoi une telle hypocrisie : Dans l’Eglise, ces choses là sont à l’ordre du jour. Alors, pourquoi ne pas faire un pas en avant pour les religieux qui n’ont pas réussi à observer la règle de la chasteté, et qui veulent créer une famille ? Ce qui est arrivé aux miens, c’est une honte consumée,  sous les yeux de toute la hiérarchie ecclésiastique, qui essaye d’étouffer le scandale avec le mensonge.

« Faire en sorte que ces choses n’existent pas ne sert à rien » me dit Anne-Marie.

Elle a écrit trois fois au Pape pour lui parler de son Association, sans obtenir aucune réponse. « Au temps des réseaux sociaux, ce sera plus difficile de cacher des situations comme celle qu’ont vécu mes parents dans les années 50 en Algérie, où mon père avait été envoyé, car il était tombé amoureux d’une de ses paroissiennes dans un village du centre de la France. C’était un homme inadapté au célibat qui avait besoin d’une famille.

Quand il a connu ma mère dans un hôpital où elle était religieuse et infirmière, ce fut le coup de foudre.

Ils m’ont conçue au cours d’un congé en dehors de leurs obligations respectives.

Mon père se vit interdire de quitter le sacerdoce. Quant à moi j’ai été enlevée à ma mère et donnée en adoption, sans leur consentement.. Ma mère a du lutter pendant trois ans pour me récupérer.

Dans chaque histoire il y a des douleurs, des sentiments de culpabilité, de honte et surtout une enfance brisée par la nécessité de mentir sur ses propres origines ou de confesser le péché de ses parents, qui dans la majorité des cas restent attachés à l’église.

« Impossible pour celui ou celle qui a été prêtre ou religieuse de renoncer à l’Église », affirme Dominique Michelez, ex-prêtre, marié à une femme divorcée dans les années 70.

J’ai été excommunié, j’ai vécu en laïc loin des sacrements et j’ai beaucoup souffert quand ma famille m’a interdit d’entrer dans l’église lors des funérailles de ma mère ; j’ai attendu dehors, je me sentais mourir. L’église est comme une mère, même si tu n’es pas d’accord, tu ne peux pas arrêter de l’aimer.

Même sentiment pour Maria Helena NOTARI, que je rejoins par SKYPE à Brasilia où elle vit. Elle fait partie des « Enfants du Silence », et son père est encore prêtre à Santa Rosa, au Brésil. « Mon enfance fut très douloureuse, car mon père ne se décidait pas à renoncer au sacerdoce, laissant ma mère et moi dans une incertitude constante. Jusqu’à mes 6 ans, il nous promettait un amour éternel pendant trois mois, puis il disparaissait pour aller exercer son ministère. Il revenait repenti, comme on fait avec une femme après un fugue, pour nous laisser à nouveau seules après quelques mois. Enfin il a choisi définitivement le sacerdoce. Il m’a été interdit de dire de qui j’étais la fille. J’ai vécu dans le secret jusqu’ à trois ans en arrière, après une longue psychanalyse, j’ai commencé à raconter mon histoire dans les journaux «.

Aujourd’hui, Maria Héléna a 32 ans. Elle travaille pour le ministère des affaires étrangères brésilien. A cause de cette histoire, mon mari m’a quitté : car sa famille très catholique n’a pu supporter le scandale et l’a convaincu de me quitter. Maintenant je suis divorcée. Mon père a arrêté de me téléphoner deux fois par an : à Noël et et pour mon anniversaire, en me disant qu’il ne me pardonnerait jamais d’avoir parlé. Mais je suis heureuse, finalement libre d’être moi-même.

L’évangile du Christ n’a jamais imposé le célibat aux prêtres. Je voudrais rencontrer le Pape pour le lui rappeler. Il n’y a que lui pour comprendre et faire avancer les choses, pour éviter à tant d’enfants les souffrances que j’ai vécues.

 

 

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