Soeur Véronique Margron : Crimes sexuels au sein de l’église


Crimes sexuels au sein de l’église :
le livre coup de poing de Sœur Véronique

NB. On pourrait être surpris de voir ici utilisé le mot explosif en soi : « crimes ».
En fait, au regard du droit pénal, ces abus sexuels sur enfants sont bien qualifiés de  crimes, et non de délits. Ce livre est courageux. On peut seulement regretter de voir employé si souvent le terme « Église », comme par exemple dans la phrase « l’Église n’en fait pas assez ».
Car en l’occurrence, qu’est-ce que « l’Église », sinon la hiérarchie évêques et pape. On gagne toujours à mieux cerner une cause si on veut y apporter remède ! Ndlr
Véronique Margron préside la Conférence des religieux et religieuses de France, rassemblant les représentants de toutes les congrégations catholiques. Cette sœur dominicaine, théologienne de renom, se bat contre les abus sexuels au sein de l’Eglise. Elle publie un livre de combat, « Un moment de vérité » (Albin Michel), pour en finir avec « ce désastre ».
27 03 2019

Sœur Véronique

 

Véronique Margron, théologienne moraliste, ancienne professeure à l’Institut catholique de Paris. Photo DR

Une grande colère

Véronique Margron est la première femme à la tête de la Conférence des religieux et religieuses de France qui regroupe tous les prieurs, provinciaux, abbés, abbesses et responsables monastiques. « C’est une voix catholique qui compte et une responsable reconnue de l’institution ecclésiale », souligne son éditeur, Albin Michel, chez qui elle publie ‘Un moment de vérité », livre sans concession, appelant l’Eglise à faire son examen de conscience, à se réformer et à couper les racines du mal qui la ronge: les abus sexuels. « Un désastre », selon ses mots.

Depuis mars, les affaires de pédophilie dans l’Église catholique française se multiplient. Longtemps, « on n’en a pas assez parlé », selon la dominicaine, mais désormais, « il y a eu une avalanche de révélations ». « Tout cela m’a plongé dans un profond désarroi, mais surtout, une grande colère ». L’église, martèle-t-elle, « est faite pour servir les plus fragiles et se retrouve avec des prédateurs dont elle s’est fait le complice, par son déni et son silence ».

L’Église n’en fait pas assez

Et aujourd’hui, que la parole des victimes s’est libérée, que les scandales ont éclaté, que des jugements ont été rendus ou des procès en cours, « l’Église n’en fait pas assez », selon Sœur Véronique. La parole du pape, sa convocation en février d’un sommet des présidents des conférences épiscopales du monde entier au Vatican, la mise en place d’une commission indépendante chargée de faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs au sein de l’Eglise ne sauraient suffire. « Il ne suffit pas que le chef dise que ça va changer pour que ça suive ».

Si des mesures ont été prises, leurs effets non seulement se font attendre, mais il faut aller plus loin, dans la formation des prêtres, dans l’organisation même de l’Eglise et dans la prise en compte et l’indemnisation des victimes, selon la dominicaine.

Après le silence, la révélation, le temps est venu de la justice. Pas seulement celle des hommes, mais celle de l’institution. « L’Eglise ne fait pas tout ce qu’il faut s’agissant des agresseurs ». La propre justice interne de l’Eglise catholique, qui prononce des peines ecclésiastiques, est défaillante: « A partir du moment où il existe un droit, autant l’appliquer », juge Sœur Véronique.

Le cas Barbarin   

Véronique Margron a des mots sévères envers le cardinal Philippe Barbarin, dont le pape a refusé la démission, invoquant « la présomption d’innocence », après que l’archevêque de Lyon, qui depuis s’est mis en retrait de son diocèse, a été condamné le 7 mars à six mois de prison avec sursis, pour non dénonciation à la justice des agressions pédophiles imputées par des scouts lyonnais au père Bernard Preynat.

Sœur Véronique déplore l’appel formé par les avocats de Mgr Barbarin, archevêque de Lyon depuis 2002, cardinal depuis 2003, primat des Gaules: « Comme archevêque, il a proposé sa démission au pape, mais comme homme,  il fait appel. Mais il n’ a pas été condamné comme citoyen, mais bien comme responsable dans l’exercice de sa fonction épiscopale. Ce n’est pas comme s’il s’agissait d’un simple accident de la circulation, qui, là, relèverait du citoyen. Sa condamnation relève de son rôle ecclésiastique ».

Le pape tout-puissant

La présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France n’est pas plus indulgente avec le pape François, qui a longtemps pris personnellement la défense du cardinal français et avait déjà refusé une première fois sa démission, « un contresens, une imprudence », avait objecté le Saint-Père.

Dans le refus de la démission de Barbarin, Véronique Margron voit un symptôme du dysfonctionnement de l’institution et de son organisation. « Ce pape est lui-même dans une pouvoir tellement autocentré qu’il court le risque d’être discrétionnaire. Il est rattrapé par ce pouvoir alors que lui-même l’a dénoncé comme une de causes de cette crise ».

En librairie le 28 mars.

Sœur Véronique Margron

 

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